Une année en jupe
09:28Ca fait plus d'un an maintenant que je la porte fièrement, ma jupe. Sans tirer dessus pour la rallonger en vain quand on me siffle com...
04/11/2014 - 09:28
Ca fait plus d'un an maintenant que je la porte fièrement, ma jupe.
Sans tirer dessus pour la rallonger en vain quand on me siffle comme si j'étais un chien.
Sans rentrer les épaules et les mains au fond de mes poches quand on me souffle un dégoulinant "bonjour mademoiselle" on me doublant d'un peu trop près.
Sans changer de trottoir quand je passe devant un bar ou un groupe d'hommes.
Sans me dire qu'il faut vraiment que je rentre parce que je ne peux pas me promener "comme ça" seule dans la rue.
Sans tirer dessus pour la rallonger en vain quand on me siffle comme si j'étais un chien.
Sans rentrer les épaules et les mains au fond de mes poches quand on me souffle un dégoulinant "bonjour mademoiselle" on me doublant d'un peu trop près.
Sans changer de trottoir quand je passe devant un bar ou un groupe d'hommes.
Sans me dire qu'il faut vraiment que je rentre parce que je ne peux pas me promener "comme ça" seule dans la rue.
Je la porte, ma jupe, et je t'emmerde.
Et plus tu t'imagineras qu'elle n'est là que pour tes beaux yeux, plus je garderais la tête haute.
Tous les jours je la porte, parce que je l'aime. Parce que j'en ai envie. Et parce que ça dérange et que, justement, je veux que ça soit imprimé dans ta rétine, ce petit bout de tissu et mon absence de réaction quand tu m'insultes ou me complimentes alors que je ne t'ai rien demandé. Pour que toi aussi, tu finisses par être lassé, par être blasé, par t'habituer et par finalement l'oublier cette jupe. Que tu me vois comme n'importe quelle autre personne. Ou peut-être pour que tu ne me vois plus du tout.
La semaine dernière, c'est mon visage blindé, mes yeux visé droit devant qui ont déplu.
Il y a quelques mois, je rougissais encore, tête baissée. Il m'arrivait même de sourire, pas parce que j'étais flattée (ça n'a rien de flatteur et ça n'aura jamais rien de flatteur de recevoir un jugement de parfaits inconnus) mais parce que j'étais gênée, mal à l'aise, nerveuse, parce que j'avais peur, des fois. Mais là rien, pas un clignement de paupières, pas un tressaillement de la lèvre, rien. Alors il m'a suivi, sur plusieurs dizaines de mètres, pendant plusieurs minutes, il m'a raconté sa théorie selon laquelle je faisais ma sainte-nitouche, que j'allumais tout le quartier et, qu'une fois que j'avais bien mouillée, je rentrais chez moi pour me branler en pensant à tous les mecs qui bandaient pour moi.
Bon, en vrai, j'allais juste à Monoprix acheter du shampoing mais bon, j'ai pas jugé utile de lui préciser ce détail. Lui, il ressemblait à n'importe quel mec croisé dans la rue, jean baskets, l'air normal, et il avait les yeux mi-clos de plaisir en me parlant. Moi, j'avais envie de chialer et aussi envie de balancer mes poings dans un truc très dur, je me suis contentée de mordre l'intérieur de mes joues en continuant d'avancer.
Il y a quelques mois, je rougissais encore, tête baissée. Il m'arrivait même de sourire, pas parce que j'étais flattée (ça n'a rien de flatteur et ça n'aura jamais rien de flatteur de recevoir un jugement de parfaits inconnus) mais parce que j'étais gênée, mal à l'aise, nerveuse, parce que j'avais peur, des fois. Mais là rien, pas un clignement de paupières, pas un tressaillement de la lèvre, rien. Alors il m'a suivi, sur plusieurs dizaines de mètres, pendant plusieurs minutes, il m'a raconté sa théorie selon laquelle je faisais ma sainte-nitouche, que j'allumais tout le quartier et, qu'une fois que j'avais bien mouillée, je rentrais chez moi pour me branler en pensant à tous les mecs qui bandaient pour moi.
Bon, en vrai, j'allais juste à Monoprix acheter du shampoing mais bon, j'ai pas jugé utile de lui préciser ce détail. Lui, il ressemblait à n'importe quel mec croisé dans la rue, jean baskets, l'air normal, et il avait les yeux mi-clos de plaisir en me parlant. Moi, j'avais envie de chialer et aussi envie de balancer mes poings dans un truc très dur, je me suis contentée de mordre l'intérieur de mes joues en continuant d'avancer.
Moi et ma jupe, on l'a recroisé le jour d'après, il m'a interpellé "hé salope". Puis le jour suivant. Puis encore,et pour cause, il traine entre mon appart et mon lieu de travail. Mais je n'ai pas l'intention de changer de chemin. Je n'ai pas l'intention d'abandonner ma jupe. Ce n'est pas elle, le problème; une fille, une femme n'a pas besoin de ça pour se faire emmerder.
Pourtant on continue de penser qu'il y a une "raison", une explication. Une provocation,, peut-être? On le pense quand on dit "non mais t'as vu comment elle était habillée? Et après elle s'étonne?", même mon fiancée le pense quand il me lance "tu vas pas sortir comme ça?" ("euh...est-ce que je te dis comment tu dois t'habiller, moi?"). Il se justifie: "moi, ça me dérange, c'est les autres hommes qui me dérangent, les hommes sont des chiens, c'est pour toi que je dis ça."
Je n'ai pas envie de penser que tous les hommes sont des connards,
qu'ils sont "tous des chiens" qui ne pensent qu'à "ça". Mon père est un homme. Mes
frères sont des hommes. Certains de mes amis sont des hommes. Je suis
amoureuse d'un homme.
J'ai juste envie que ces connards qui sifflent
une femme pensent à leur mère qui est une femme. Peut-être même qu'ils
ont une soeur qui est une femme. Soyons fou, une amie qui est une femme. Une petite
amie qui est une femme. Une fille qui est une femme. Et que les femmes
qui marchent dans la rue ne sont pas une espèce à part, là uniquement
pour se pavaner et ouvertes à toutes propositions, tout commentaires, attendant une approbation.
Les femmes qui marchent dans la rue sont la moitié de la population.
Alors oui, une jupe c'est pas grand chose, c'est vraiment rien quand on y pense, mais je me dis que le jour où on n'y fera plus attention à cette jupe, on ne fera plus attention à la fille qui la porte, et ce jour là on sera tous gagnant. En attendant, je continuerais de la porter.


