Par principe
17:22Par principe, quand j'ai 10 euros dans la poche et que je dois choisir un roman, -comme ça, par plaisir, pour découvrir quelque chose ...
20/03/2017 - 17:22
Par principe, quand j'ai 10 euros dans la poche et que je dois choisir un roman, -comme ça, par plaisir, pour découvrir quelque chose de nouveau- ma main va vers un roman écrit par une femme.
Par principe, si je veux me faire une toile, sans avoir vu aucune bande-annonce, je ferais confiance à une réalisatrice.
Par principe, mon prochain tatouage sera réalisé par une artiste, une tatoueuse.
Par principe, à un Open Mic, j'applaudirais plus fort devant une chanteuse, une guitariste.
Parce que je sais que le chemin qui les a mené là où elles sont a été plus long et jonché de plus d'obstacle que si elles avaient été des hommes. Que peu importe leur domaine, on leur a probablement alloué un budget plus restreint que si elles avaient été des hommes. Elles ont probablement entendu des réflexions sur leur physique ou leur sexualité sans que ça n'ait aucun rapport avec leur profession.
Parce que, dans l'esprit de la plupart des gens, il existe des films de fille, des séries de fille, des romans de fille... sous prétexte que le réalisateur est une réalisatrice, que l'acteur principal est une actrice, que l'auteur est une auteure. Ce qui est créé par les hommes n'est pas un film de garçons, une série de garçons ou un livre de garçon. C'est un film, une série, un livre. Parce que c'est la normalité.
Parce que j'ai déjà entendu des hommes dire d'un livre "c'est écrit par une fille, ça va parler de sentiments, ça va être chiant". Non seulement, les femmes ne passent pas leur journée à parler de leur sentiment. Mais ça voudrait aussi dire que les hommes n'en ont pas, des sentiments. Ils ne sont jamais tombés amoureux, ils n'ont jamais été nerveux à l'idée d'adresser la parole à quelqu'un qu'ils aimaient, ils n'ont jamais fait l'amour passionnément, aucun homme ne s'est jamais marié. Putain que ça doit être long et chiant la vie d'un homme.
Parce que, par principe -mais quel principe-, au collège, au lycée, on m'a demandé de lire des livres presque exclusivement écrit par des hommes. Que j'ai aimé beaucoup de ces livres, que j'ai remplis des bibliothèques entières dans mon appartement avec ces auteurs. Des hommes. En ne laissant que peu de place aux femmes. Jane Austen, les soeurs Bronte, Virginia Wolf...
Parce qu'il faudra attendre l'année prochaine (et on est en 2018, bordel!), pour qu'une auteure -une femme!- fasse partie de la liste des sujets pour le baccalauréat. Félicitations à Madame de La Fayette.
Parce que, quand on parle d'art, bien souvent, les hommes sont les artistes et les femmes les muses.
Parce que ces femmes qui arrivent à s'imposer malgré tout, y arrivent sans avoir eu beaucoup de modèles féminins. Et sans modèle, comment savoir que c'est possible?
Alors par principe, quand on me dit Francis Scott Fitzgerald, je réponds Zelda Zitzgerald.
Quand on me dit Henry Miller, je réponds Anaïs Nin.
Quand on me dit Peter Jackson, je réponds Fran Walsh.
Quand on me dit Allen Ginsberg, je réponds Elise Cowen.
Quand on me dit Bob Dylan, je réponds Patti Smith.
Quand on me dit Picasso, je réponds Dora Maar.
Quand on me dit Alexandre Puchkine, je réponds Anna Akhamatova
Toni Morison. Emily Dickinson. Louise Bourgeois. Barbara Kingsolver. Agnès Varda. Harper Lee. Nicole Garcia. Frida Kahlo. Sylvia Plath. Niki de Saint Phalle. Juliette Adam. Doris Lessing. Jane Campion. Maya Angelou. Hélène Bessette. Dorothea Lange. Julie Delpy. Berthe Morisot. Sofia Coppola. Anne Fontaine. Jane Atwood. Annie Ernaux. Diane Arbus. Colette. Jodie Foster. Valérie Donzelli. Joyce Carol Oates. Lise Sarfati. Zadie Smith. Camilla Läckberg. Lucie Cousturier. Zora Neale Hurston.
Et tellement d'autres....





