Le deuil
17:13La plupart du temps, on ne fait rien d'extraordinaire. On marche dans la rue, on s'assoit à la terrasse d'un café, on se racont...
05/05/2014 - 17:13
La plupart du temps, on ne fait rien d'extraordinaire. On marche dans la rue, on s'assoit à la terrasse d'un café, on se raconte nos vies d'aujourd'hui et on se rappelle nos vies d'avant, nos habitudes d'adolescentes. On se remémore nos soirées, allongées sur le dos, sur la moquette du salon, pendant que les parents se sont absentés, à se projeter dans le futur, à se voir actrice, pour l'une, pilote d'avion pour l'autre et écrivain pour moi. A s'amuser des premiers garçons qui nous intéressent, à se jurer d' être demoiselle d'honneur à nos mariages. Elles ont des gosses maintenant, un homme bien dans leur vie et un métier intéressant. Et de vêtement d'adultes, de vraie coupe de cheveux, enfin! Et plus de tâtonnement capillaire hasardeux. Elles sont comme ça, mes meilleures amies, elles ont grandi. Et moi aussi j'ai grandi, j'ai changé, je n'ai plus 16 ans, je vais bien et je me suis calmée sur le look grunge. J'ai eu quelques garçons dans ma vie, et même des hommes, des vrais, je leur parle de tous en riant aux éclats. Même que je ne suis plus la seule à boire des cocktails aujourd'hui, elles qui n'avaient jamais bu une goutte d'alcool ou rater un couvre-feu.
Et je finis toujours pas me réveiller.
Le coeur déchiré, avec une sale envie de chialer. Parce que je n'ai plus vu mes meilleures amies depuis dix ans maintenant, et que je continue de les appeler mes meilleures amies. Parce que c'est triste et con. Que la nuit, bien souvent, je les retrouve en rêve pour leur dire tout ce qu'elles ne sauront jamais, comme si elles étaient les seules à qui j'ai vraiment envie de me raconter.
Le coeur déchiré, avec une sale envie de chialer. Parce que je n'ai plus vu mes meilleures amies depuis dix ans maintenant, et que je continue de les appeler mes meilleures amies. Parce que c'est triste et con. Que la nuit, bien souvent, je les retrouve en rêve pour leur dire tout ce qu'elles ne sauront jamais, comme si elles étaient les seules à qui j'ai vraiment envie de me raconter.
Il n'y avait jamais un silence, même après avoir passé toute la journée ensemble au collège puis au lycée, on trouvait encore le moyen d'avoir des choses à se raconter sur Msn. Tout la soirée, toute la nuit connectées. Ca rendait fou nos parents et nous, ça nous faisait rire. Depuis dis ans, c'est le silence. Des classes différentes en terminale, puis après, il parait que c'est moi qui ai changé, plus très fréquentable. Et il a fallu trouvé des excuses à ma mère quand elle me demandait, tous les jours, à 13h25 pourquoi mes copines, mes meilleures amies de toujours ne venaient plus me chercher pour aller en cours. "On a pas les mêmes horaires aujourd'hui". "Elles commencent plus tard". Et moi, j'attendais, la boule au ventre, je guettais le bout de la rue en espérant les voir arriver, jusqu'à la dernière limite avant d'être en retard. "Elles sont restées manger à la cantine". "Elles avaient un exposé, elles sont parties plus tôt". Je retardais le moment de partir pour le lycée, seule, sans elles, et avec l'aveu qu'elles m'avaient bel et bien abandonnée.
Putain, dix années et je fais pas la fière, prête à chialer comme si c'était hier. Parce que je n'ai toujours pas compris ce qu'il s'était passé, connerie d'adolescence, mais surtout parce que nos fous rires me manquent. Surement plus que je ne veux bien le reconnaître parce que la nuit, je les retrouve souvent. Très souvent. Finalement, c'est peut-être mieux comme ça, peut-être qu'on s'est quitté avant de se trouver chiantes, parce que c'est vrai on était différentes, on aurait fini par se sourire, hypocrites, et se poignarder dans le dos. Ou peut-être que je dis ça pour me rassurer.
Je ne sais pas ce qu'elles sont devenues, où elles vivent, ce qu'elles font de leur vie, si elles sont amoureuses. Si elles sont heureuses. Je ne sais pas si elles sont encore amies. J'espère qu'elles sont restées proches, toutes les deux, parce qu'on a besoin d'amis dans la vie et que sans elles, je n'aura pas survécu à l'éducation nationale et qu'elles ont réussi l'exploit de transformer ça en six années de fous rires et de petits mots griffonnés dans des agendas. Alors, j'espère qu'elles sont toujours amies. Et peut-être que de temps en temps, elles repensent à moi. Et j'espère que notre trio leur manque au moins un peu.
Je ne sais pas ce qu'elles sont devenues, où elles vivent, ce qu'elles font de leur vie, si elles sont amoureuses. Si elles sont heureuses. Je ne sais pas si elles sont encore amies. J'espère qu'elles sont restées proches, toutes les deux, parce qu'on a besoin d'amis dans la vie et que sans elles, je n'aura pas survécu à l'éducation nationale et qu'elles ont réussi l'exploit de transformer ça en six années de fous rires et de petits mots griffonnés dans des agendas. Alors, j'espère qu'elles sont toujours amies. Et peut-être que de temps en temps, elles repensent à moi. Et j'espère que notre trio leur manque au moins un peu.


