"C'est pas moi, c'est toi."

Après , mon premier réflexe a été de l'éviter ( j'ai jamais dit que j'étais une fille bien). Je ne peux pas te répondre au ...

Après, mon premier réflexe a été de l'éviter ( j'ai jamais dit que j'étais une fille bien).

Je ne peux pas te répondre au téléphone, je suis sous la douche. En cours. Dans le bus. Devenue sourde. Et muette aussi. Tant qu'on y est.
Mais il n'existe aucune excuse pour ne pas répondre à un sms. Surtout à un sms qui vient de son meilleur ami.

...

Rhhha j'ai du mal... 

Bon, j'étais partie pour tout expliquer. Mais je n'y arrive pas. 

Je voulais expliquer les messages qu'il m'a envoyée pendant une semaine et mes réponses platoniques. Bonne copine. Toujours. 
La première fois où l'on s'est revu "après". Comment, je me suis forcée parce que "c'est mon meilleur ami après tout, pourquoi ne pas essayer". 
Comment tout était évident et naturel, pour lui. 
Comment il n'arrêtait pas de sourire pendant que je me mordais l'intérieur des joues. 
Comment j'ai, finalement, essayé de lui expliquer que ce n'était pas le bon moment. Comment il a insisté en disant que ça n'avait jamais été aussi bien. 
Comment à chaque fois que je trouvais un argument pour que l'on prenne notre temps, il en  avait un bien meilleur: "Je suis ton meilleur ami". 
Je te ne ferais jamais de mal comme l'autre connard. Je ne te jugerais jamais, je te connais déjà. Il ne peut rien se passer de mal.

Je n'ai pas réussi à lui dire que si je ne l'avais jamais envisagé de cette façon, c'est qu'il y avait une raison. C'est parce que c'était mon meilleur ami, mon frère. Que j'avais été bourrée des dizaines de fois, que j'aurais pu le draguer n'importe quand. Pour le tester. Pour rigoler. Que j'aurais pu être jalouse, possessive. Mais qu'en fait, non. Jamais. Jamais, ça n'avait même fait que traverser vaguement mon esprit. 
Jamais.

Je n'ai pas réussi à lui faire comprendre que s'il n'y avait pas ce petit plus qui fait que c'est magique, qui fait que c'est l'amour, ce n'était pas forcément un moins. Qu'il ne serait jamais un "moins" dans ma vie.

Plus je lui expliquais, plus il disait qu'il ne comprenait pas. Et qu'il m'aimait. Que pendant toutes ces années, il m'avait aimé.

J'ai dû lui mentir une première fois. J'ai dit "A la rentrée, je pars à 500km, je ne veux pas d'une relation longue distance".
"Je viendrais, je ferais les aller-retours." Toujours une réponse pour tout. 
S'en est devenu ridicule. J'en suis venue à le détester, pendant un instant. D'insister. De ne pas comprendre. De ne pas vouloir être juste mon ami.
J'ai été lasse, de mauvaise foie, lâche et égoïste, presque énervée, lors d'une énième soirée où il essayait de me convaincre, j'ai prononcé ce qui est probablement la pire des phrases puisqu'elle ne laisse place à aucune discussion: "C'est pas toi, c'est moi."
Puis je suis partie. A 500km.

Et en fait, le tout dernier sms que j'ai eu de lui, c'était en décembre 2012. 
Je lui annoncé que je venais voir ma famille pour les fêtes de fin d'année. Et que donc, je serais dans la région, quelques semaines. Et que donc, on pourrait en profiter pour rattraper le temps. Se raconter nos vie. Parce que le pire dans tout ça, c'est que je ne sais absolument rien de sa vie. S'il a bien fini ses études, s'il est bien devenu chirurgien. S'il continu de voir nos anciens amis communs. S'il a une copine. Si ses parents vont bien. S'il est heureux. A quoi ressemble sa coupe de cheveux. Comment il vieillit. 
Mais quand j'ai proposé de "rattraper le temps", il a été enthousiaste. 
Trop enthousiaste. 
Dans sa réponse, il y avait mon ancien surnom que lui seul utilisait. Il y avait une attente non dissimulée. 
Il y avait un "tu me manques". 
Il y avait un "je ne comprends pas qu'on ne soit pas ensemble".
Je lui ai encore menti un peu plus tard. Je lui ai menti et je lui ai dit que finalement, je ne viendrais que quelques jours, que j'avais beaucoup de famille à voir et  je n'aurais pas le temps de le voir. Il n'y a que quand j'ai dit "je suis désolée" que je n'ai pas menti à mon meilleur ami.

Et le 31, à minuit, il ne m'a pas envoyé son traditionnel message de bonne année. Moi, je l'ai écrit ce message impersonnel. Puis au moment d'appuyer sur "envoyer" je me suis dit que je ne pouvais pas. Que je n'avais pas le droit. 

Je me revois au lycée, cachée, toute seule, sur un balcon pendant une fête. Je le revois me rejoindre, probablement le seul à se demander ce que je fais. Je nous revois discuter pendant des heures, pour la première fois. Je m'entends avouer, pour la première fois aussi, à voix haute, que tout ce que je fais, le bac, les études, tout ça, c'est juste pour gagner du temps. Que ce que je veux faire, c'est écrire. Je le revois ne pas rire. Juste sourire et dire " je suis sur que t'y arriveras".



Et j'espère qu'il sait qu'il a été le meilleur meilleur ami.

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14 commentaires

  1. Ouah, ouah, c'est beau, c'est triste, c'est beau...

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  2. c'est triste une belle histoire d'amitié qui se termine... vous n'aviez plus d'autre choix que de vous éloigner finalement

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  3. c'est vraiment une belle histoire. Triste mais une belle histoire.

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  4. Pas mieux que le commentaire de papieretcrayon...
    C'est vraiment triste que ça ait tourné comme ça :/
    J'ai vécu une histoire à peu près similaire dans le sens où j'ai failli perdre un ami que j'aimais beaucoup de cette manière. Il était amoureux, et moi aussi, mais je n'osais pas quitter mon copain du moment... (qui était mon premier, et à qui j'étais très accrochée). Un jour j'ai dû lui dire clairement que c'était mort, que je n'étais pas amoureuse, que je n'avais pas envie. C'était faux, j'avais juste peur. Il m'a demandé du temps, il est revenu. Et m'a redemandé. Et j'ai redit non. Et je pense que j'ai pleuré des journées entières de lui faire du mal... J'étais au plus bas, je l'appréciais tellement, je ne voulais pas le perdre, mais j'étais conne et gluée à mon andouille de copain de l'époque qui ne lui arrivait même pas à l'orteil.
    Avec le temps, nous avons réussi à n'être qu'amis, et il a maintenant une copine longue durée dont il est très amoureux. Ca a finit bien, pour une fois, mais du coup je comprends à quel point ça fait de la peine quand ce n'est pas le cas, car c'est tout ce que je craignais :(

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    1. Ca n'a pas dû être simple à gérer aussi... tu arrives à ne pas être jalouse de sa nouvelle copine, quand même?

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  5. C'est tellement triste. Hélas on ne peut pas forcer les sentiments...

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  6. C'est tellement frustant quand tu sais que tu as à tes côtés le meilleur des amis possible et que lui veut plus que ça. C'est l'une des pires situations à gérer je crois.

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    1. Oui exactement, "frustrant", très bon choix de mot!

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  7. belle histoire, tu me donnerais envie de pleurer !

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    1. Je crois que je l'ai un peu fait un l'écrivant ;-)

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  8. Ce n'est pas simple quand entre 2 personnes, les sentiments ne sont pas les même.

    A la sortie, il semblerait quand dans cette histoire vous avez tous les deux souffert.
    Lui de t'avoir aimer en silence et toi de ne pas l'avoir aimé comme il le méritait

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  9. c'est triste, et c'est beau.
    dur dur l'amitié homme/femme des fois...

    tu écris magnifiquement bien.

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